La niña
mars 21, 2008 at 4:21 | In Quotidien | Leave a CommentIl pleut quasiment tous les après-midi (orage) de façon systématique depuis plus d’un mois, alors qu’on est sensé être en été, c’est-à-dire la saison sèche… Conséquence des bouleversements climatiques mondiaux dit-on, notamment le phénomène qu’on appelle la niña (équivalent de ce côté du Pacifique de son frère le niño qui sévit en Amérique du Sud…). Conséquences : on sait plus quand semer, et le côté aléatoire du climat et des récoltes qui en découlent est accentué. Y’a plus de saisons !!!
Idiok
mars 10, 2008 at 12:28 | In Ma mission | 6 CommentsL’idiok en bisaya, aussi connu sous le nom de palmier à sucre, fait l’objet depuis quelques temps à Iligan d’une spéculation intense. Ce palmier avait peu d’utilité pour les locaux jusqu’à présent : les fruits sont parfois récoltés et transformés pour la période de Noël, mais la plupart du temps les agriculteurs le coupent comme une mauvaise herbe, car il pousse tout seul sans entretien, dans les zones humides.
Or les “Pinakurat Brothers” (de leur vrai nom Stuart del Rosario), créateurs du célèbre vinaigre du même nom (http://sukapinakurat.com/) issu de la fermentation naturelle de sève de cocotier, devenu le “pasalubong” (souvenir) incontournable de tout philippin de passage à Iligan, ont dans leurs projets de très nombreuses applications pour le suc de l’idiok (la sève). Les produits sont sortis du labo R&D, la demande est là, le marché est garanti par le succès déjà bien établi du vinaigre pinakurat, manque juste l’approvisionnement !
Seul problème : autant les agriculteurs de la région ont l’habitude d’extraire la sève du cocotier qui procure le tuba (un alcool léger de type cidre, très populaire dans les campagnes), autant la récolte de l’idiok (photo : il faut couper l’inflorescence pour récolter la sève) leur semble incongrue, difficile, voire complètement insensée. Le challenge était par conséquent de leur faire comprendre leur erreur, et de leur montrer par A+B le bénéfice qu’ils peuvent tirer de ce nouveau projet. En clair, pour un temps de travail limité, tripler leurs revenus. Mais plus facile à dire qu’à faire, car l’agriculteur d’Iligan est par nature réfractaire au changement et sceptique tant qu’il n’a pas vu les espèces sonnantes et trébuchantes…
C’est donc là que je suis intervenu, sur la demande du clan Pinakurat pour qui j’avais déjà fait un petit exercice de traduction française de leur produit destiné à l’export au Canada… (qui m’a valu soit dit en passant une caisse de Pinakurat gratuite ouéééé!) Il se trouve qu’un des purok (lieux-dit) de Digkilaan possède un forte concentration d’idioks, et que c’est précisément là où habite Emily, une des personnes très impliquées à la paroisse et sur la ferme des spiritains. Grâce à elle, nous avons réussi petit à petit à faire accepter l’idée d’une session de formation à la récolte de l’idiok pour les volontaires qui souhaitent augmenter leurs revenus.
La session a donc été organisée il y a quelques semaines à Digkilaan, sur 4 jours, avec l’aide d’un spécialiste qui vit déjà essentiellement de la récolte de l’idiok : la balle est maintenant dans le camp des agriculteurs. Ils ont déjà commencé à se répartir les arbres entre eux, donc il semblerait que ça a pris. Au moins au niveau de l’essai. Ce serait une grosse opportunité pour eux, la plupart sans travail, squatteurs sans terre et avec 5 enfants à nourrir… et bien sûr un succès également pour l’entreprise créatrice du Pinakurat.
La meilleure garantie de succès d’un projet de développement, c’est un débouché assuré pour les produits, à long terme. Pourquoi dépenser du temps et de l’argent à enseigner aux paysans à produire des légumes bio sans se soucier du marché et en se cachant derrière une idéologie sans schéma économiquement viable (comme le font beaucoup d’ONG ici) ? Pourquoi ne pas plutôt mettre toute son énergie dans des projets comme celui-ci, respectueux de l’environnement et des populations locales, mais initiés par le secteur privé et donc ancrés dans une réalité économique saine ?
Conduite à risque
mars 9, 2008 at 11:38 | In Divers | Leave a CommentLe groupe action d’urgence de la police de la route à Iligan, sponsorisé par la marque nationale de bière, je trouve ça un peu limite quand même…
Inauguration
mars 9, 2008 at 11:26 | In Ma mission | Leave a CommentSalamat sa Dios ! Notre “atelier agroalimentaire” est enfin terminé et béni officiellement en présence du barangay captain, on va pouvoir commencer les productions / formations. Tout arrive à point pour qui sait attendre… 
Prof
mars 9, 2008 at 9:20 | In Ma mission | Leave a CommentQui l’aurait cru ? Eh oui, depuis quelques mois une nouvelle mission s’est ajoutée à mon parcours de coopérant : j’enseigne le français à San Michael College, une institution privée réputée à Iligan, pour des étudiants en hôtellerie/restauration. Prononciation, chiffres, heure, vocabulaire en lien avec l’hôtellerie/restauration, phrases et verbes simples, échange culturel notamment sur la gastronomie française/philippine. Première leçon, ils me demandent :
- Sir ! How do you say “you are handsome”, “i love you”, “i find you attractive” ?
La semaine prochaine ils passent leur examen final pour ce semestre, car les grandes vacances arrivent (l’”été” comme ils disent, où il est sensé faire un peu plus sec que d’habitude, mais bon pour l’instant on le sent pas trop, avec la pluie tous les après-midi depuis presque 15 jours). Le ton a changé :
- “It’s difficult, sir !”… “What about our grades, sir ?”
Ben oui, fallait pas croire que le français ça s’apprend en deux temps trois mouvements, et qu’après un semestre d’études il suffit de savoir prononcer “voulez-vous couchez avec moi” (cf. la chanson) pour réussir son exam !!!
Bangkok – Angkor
mars 8, 2008 at 9:20 | In Tourisme | 2 CommentsMa première sortie du territoire philippin : escapade hors de la frénésie des fêtes de fin d’année, en Thaïlande et au Cambodge, avec Joseph un ami manileño aussi amateur d’aventure culturelle que moi. Je vais vous en retracer les grandes lignes (avec un peu de retard je sais et je m’en excuse…) 
Notre itinéraire a commencé par Bangkok (de son vrai nom Krungthep mahanakhon amonratanakosin mahintara … etc), la ville aux mille temples, métropole ultra-moderne mais ancrée dans un bouddhisme intemporel. C’est un contraste qu’on retrouve partout : une ville grouillante d’animation, et dès qu’on rentre dans l’enceinte d’un temple, on est dans un autre monde, calme, reposant, serein. Aux Philippines les églises n’ont pas ce pouvoir de relaxation qu’expriment les temples thaï. A part ça, Bangkok comparée à Manille est aussi très propre, accueillante pour un occidental, et bon marché ! Nous avons trouvé à nous loger à Khao San, la rue des routards à deux pas du grand palais, pour 250 baht (5€) par personne dans un hôtel climatisé tout carrelé, impeccable. Et on mange de délicieuses “pad thaï” (pâtes thaïlandaises poêlées avec oeuf, légumes, poulet…) pour moins de 40 baht (0,7€). En quelques jours, nous avons réussi à arpenter 6 temples du circuit des 9 recommandés pour le passage à 2008 : chaque temple apporte une vertu, et le pèlerinage des 9 assure une année 2008 plus que réussie
Le temple du grand bouddha couché, le temple du crépuscule, le temple de la montagne d’or, le temple du bouddha d’émeraude (qui est en fait en jade)… tous aussi dorés, raffinés, différents les uns que les autres. Sans compter les palais, musées, parcs, et bateaux-mouches sur la rivière Mae Nam Chao Phraya…
L’étape suivante fut une sorte de remontée dans le temps jusqu’à l’ancienne capitale de Sukhothai, première capitale Thaï qui date de l’époque du déclin d’Angkor et qui marque la naissance d’une nouvelle civilisation Thaï sur les ruines du fabuleux empire Khmer. Plus tard à Angkor, nous continuerons cette remontée dans le temps pour découvrir l’origine de cet art et de cette architecture dont l’influence perdure encore dans les temples modernes de Bangkok.
Après une soirée de fête très “couleur locale” à Phitsanulok (repas traditionnel, danses, chants, et stands sur le thème de la gastronomie), nous reprenons le train de nuit pour Chang Mai, la grande ville du nord, capitale culturelle de la région de Lanna, dont les racines sont du côté de la Chine du Yunnan. Rien à voir en effet entre le peuple Thaï, de teint clair et de type chinois, et les Khmers du Cambodge, plus foncés, très beaux, peut-être plus à rapprocher des malais. Chang Mai est une ville agréable enclose dans ses remparts, avec un temple à chaque coin de rue : nous y avons appris les bases de la méditation bouddhiste. Puis retour à Bangkok avant de partir pour le Cambodge.
C’était mon rêve depuis longtemps de pénétrer dans la fameuse cité d’Angkor et ses temples a demi enfouis dans la jungle. Mais je ne m’attendais pas à un site aussi grand ! Ce sont des dizaines et des dizaines de km à vélo que nous ferons pour voir seulement les temples les plus importants : Angkor Wat, majestueux, symbole national, Bayon, le temple aux milles visages, Ta Keo, Ta Prohm romantique combat de la nature sur les pierres. Le vélo permet une découverte en douceur, et l’effort est bien récompensé ! Tous ces temples grandioses et romantiques, énigmatiques et puissants, dispersés dans la campagne et la jungle, seuls témoins d’une ville immense construite en bois, laissent à penser sur l’avènement et la chute des civilisations. Beaucoup de gens habitent autour des temples, petits vendeurs ou agriculteurs. Probables descendants des constructeurs d’Angkor, ils sont d’apparence très doux, aimables. Autant les Thaï sont commerçants et savent s’y prendre avec les touristes, autant les khmers semblent (comme les philippins) plus naïfs, et avec un accueil moins commercial, plus spontané. Ma rapide impression du Cambodge est aussi celle d’un pays bien plus pauvre que la Thaïlande (bien que les prix y soient plus élevés). Curieux revers du sort d’un peuple qui il y a 800 ans était le maître absolu de cette partie du monde…
Prochaine étape de mon parcours en Asie du sud-est : Singapour/Indonésie peut-être dans quelques mois, et Vietnam en octobre… à suivre
Happy New Year
janvier 16, 2008 at 12:42 | In Divers | 2 Comments“Que la route s’ouvre à ton approche,
Que le vent souffle dans ton dos,
Que le soleil réchauffe ton visage,
Que la pluie ruisselle dans tes champs,
Et que jusqu’à la prochaine rencontre,
Dieu te garde dans la paume de ses mains”.
Très bonne année à chacun d’entre vous !
Année riche de projets, de défis et de surprises
Que les projets de Marie, Sofral et Vilmorin arrivent à bon port !
Succès scolaires pour mes étudiants de San Michael et nos futurs étudiants parrainés de Digkilaan
Récoltes abondantes pour tous nos agriculteurs, de France, des Philippines, d’Indonésie, d’Algérie et d’ailleurs
Récolte spirituelle et discernement pour les séminaristes
Moisson d’idées et de projets pour les jeunes pro (et les moins jeunes)
Rencontres fructueuses aux quatre coins du monde pour la grande famille des volontaires
Et une attention toute spéciale pour les futurs jeunes mariés de l’année, et les récents et aussi futurs jeunes parents !
Je suis un peu confus de ne donner de nouvelles que très épisodiquement, mais c’est plutôt bon signe : ça veut dire que j’ai de quoi m’occuper, et vraiment pas le temps de m’ennuyer ! Déjà presque un an de passé ici aux Philippines, avec tout son lot de joies, peines, découvertes et désillusions. C’est passé comme un éclair. Je me suis fait mon trou, mais resterai toujours étranger. J’ai fait avancer des choses, mais aussi parfois l’impression d’aplanir une montagne avec une petite cuillère. Je me suis un peu plus découvert, mais beaucoup reste à faire et les questions restent ouvertes. A suivre…
Malipayon pasko !
décembre 24, 2007 at 12:06 | In Culture | Leave a CommentPasko na, pasko na ! C’est Noël ! Aux Philippines comme en France Noël c’est une débauche de lumières, de musique (les traditionnels Noël européens et américains, parfois remixés) et de pères Noël rouges à barbe blanche (la barbe et le gros manteau sous 30°C ça doit être dur quand même, mais ici personne ne s’en étonne).
A la mi-décembre nous avons été nous plonger dans l’ambiance du « Pasko » philippin à Tangub, près d’Ozamis (péninsule de Zamboanga), qui est une petite ville surtout réputée pour ses décorations merveilleuses sur le thème de Noël. Un air de marché de Noël alsacien, avec en plus un parc entier de maisons, églises, fontaines, fleurs, jardins couverts de lampes multicolores et de décorations féériques, le tout orchestré dans un style très Philippin (papayiers de Noël, maisons traditionnelles, « lechon baboy »…) et témoignant de leur ferveur et de leur passion pour la magie de Noël. Pour atteindre Tangub, on a traversé le bras de mer en bangka, sous la pleine lune. Atmosphère unique.
Une autre tradition très touchante de ce temps de l’avent est l’habitude pour les enfants (et aussi parfois des grands enfants) d’aller chanter des chants de Noël de maison en maison. Ils se baladent à la nuit tombée avec des fourchettes et des cuillères qui font office d’instruments improvisés, et récoltent quelques pièces, des applaudissements et parfois des petits cadeaux. Les premiers soirs, c’est trop mignon. Par la suite, ça devient la routine, et à la fin c’est même un peu fatiguant quand les groupes se succèdent sans discontinuer. Enfin c’est quand même très sympathique et ça participe à l’ambiance de Noël que j’aurais du mal sinon à trouver dans le climat qui s’enlise dans un éternel été chaud et humide…
Notre Dame des Douleurs
septembre 18, 2007 at 12:01 | In Divers | 2 CommentsSamedi 15 septembre, fête de Notre Dame des Douleurs. J’avais prévu un week-end avec les amis du « french club » au bord de la mer, mais un sms me rappelle à la dure réalité d’un monde de violence et de pauvreté. Un meurtre a été commis à Digkilaan : le frère d’un des agriculteurs avec qui je travaille. C’est un jeune homme de 26 ans, Eduardo, père de 5 enfants, qui vient d’être poignardé par son compagnon de travail, ivre, suite à une dispute autour du partage des gains. Gains qui se montent à la somme de 800 pesos (12€). Pinantao, le purok de la ferme des spiritains, est en deuil. On monte avec Emily apporter notre soutien moral et de quoi manger pour la veillée mortuaire dans la petite chapelle de bois et de tôle. Sur le chemin du retour à la nuit tombante, elle m’explique que le frère aîné compte monter une expédition de vengeance à l’encontre du tueur. Le lendemain à l’enterrement, le père Henri et le père Chi ont heureusement calmé les esprits. Mais ce genre d’histoire est encore trop banal aux Philippines. La vie n’y a pas grande valeur.
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