Qui a dit “Joe” ?
septembre 2, 2008 at 4:00 | In Culture, Quotidien | Leave a CommentAux Philippines, principalement dans les provinces, les étrangers qui ne sont pas de type asiatique (donc les « noirs » et les « blancs ») sont forcément « americano ». Pas moyen d’y échapper. Ainsi le père Henri est un « black american » bien sûr, et moi un americano tout court. Quand je leur explique que je viens de France, je deviens dans leur esprit un « americano taga Francia » (un américain de France). Au fait la France, c’est à côté de la Floride ou bien de Los Angeles ? Quoi, tu n’es pas américain ? Dili oy !!! On voit bien que tu es américain, arrête de nous raconter des histoires ! … et c’est là qu’on comprend petit à petit que le terme « americano » pour eux signifie en fait « occidental »…
Ce qui est facile avec ces américains-là, c’est qu’ils s’appellent tous Joe. « Hey Joe, what’s your name ? », « Hey Joe, give me money », « Hey Joe, where are you going ? » sont des questions ultra-quotidiennes adressées à tout étranger aux Philippines. La plupart du temps, ceux qui lâchent ces petites phrases gentilles se cachent derrière leur « ulaw » (timidité) et attendent donc que je sois passé pour la lancer derrière mon dos. Ce qui est encore plus agaçant. Dur d’être pris pour qui on n’est pas, et de se faire harceler à chaque sortie en ville, même si de leur côté l’intention est rarement mauvaise, mais plutôt motivée par la curiosité et étayée par l’ignorance… Parfois néanmoins, quand la situation s’y prête, une conversation peut s’engager…
Kinsa si Joe ? Ualay Joe diri. Ako si Mathieu, Mateo sa bisaya. Dili Joe. Taga Francia ako. Kasabot ka ? Ikaw, unsa imong ngalan ? Pila imong edad ? (Qui est Joe ? Il n’y a pas de Joe ici. Moi c’est Mathieu, Mateo en bisaya. Pas Joe. Je viens de France. Tu comprends ? Et toi, tu t’appelles comment ? Tu as quel âge ?)
Et c’est là que parfois un miracle arrive : le gamin tout heureux d’avoir attiré l’attention donne son nom, retient le mien, et la fois suivante, au lieu du « Hey Joe » lancé à la sauvette, c’est un grand sourire et un « Hey Mateo !!». Et à ce moment-là l’émotion me submerge et j’en ai les larmes aux yeux : j’existe enfin.
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