Quelle démocratie pour les Philippines ?
mai 15, 2007 at 9:45 | In Divers | Leave a CommentHier, c’étaient les élections. Sénateurs, députés, maires, vice-maires, conseillers. “Seulement” 124 morts pendant la campagne selon les media. Et pour la première fois des observateurs indépendants dans les bureaux de vote. Ce qui n’empêche pas les irrégularités, achats massifs de vote, intimidations, mais au moins ça a permis de déclarer nulles les élections dans un certain nombre de circonscriptions, dont Kapatagan où était le père Henri hier. Une mystérieuse coupure de courant la veille du scrutin, qui démarre
juste avant l’émission de télévision qui était sensée dénoncer les irrégularités et malversations en faveur d’une des très grandes familles du Lanao del Norte (et une des plus riches des Philippines). Ce genre de famille qui est capable de faire intervenir des hélicoptères et des bandes armées en représaille contre l’agression d’un des leurs. Une autre coupure de courant judicieusement placée retarde la préparation des listes. Le maire ne fait rien. Des gens campent sur place la veille de l’élection pour être sûr qu’il n’y aura pas de malversation. Au moins, certains ont un sens civique aigu, ce qui est plutôt bon signe. Des urnes arrivent en retard. 25 personnes venant d’Iligan et allant à Marawi, probablement des “flying votes” sont tuées sur la route par un commando. Les flying votes, ce sont ces gens qui votent plusieurs fois, à des endroits différents. En effet, facile de frauder ici, pas de vérification d’identité (les philippins n’ont pas de carte d’identité !) du coup on a parfois des situations où l’intéressé à qui l’on a demandé (contre de l’argent) de voter à nouveau demande : “c’est quoi mon nom déjà ?” La démocratie n’est parfois que de façade. Mais petit à petit les choses bougent néanmoins. Des familles implantées depuis longtemps sur un poste sont déboulonnées. Les consciences se font.
Multicab
mai 13, 2007 at 11:22 | In Ma mission | Leave a Comment
Voici mon fidèle partenaire, un multicab suzuki issu du garage HILTON d’Iligan, rien moins que ça. Sans lui, pas d’engrais pour la ferme, pas de papayes, maïs ou aubergines à vendre à Iligan. Bien qu’en ce moment il passe la moitié de son temps à se prélasser au garage, il m’est bien utile. Je viens de lui offrir deux pneus neufs, j’espère du coup qu’il ne me causera pas de problème dans un avenir immédiat. Dernière mésaventure : juste un pneu crevé, à la ferme. J’ai dû retourner au “centre ville” de Digkilaan (3 km environ) à toute petite vitesse, entouré de gamins hilares et compatissants. La fois précédente, c’était sous la pluie battante, pas moyen de grimper la pente allant à la ferme. Puis plus moyen de faire demi-tour. Une fois bien trempés, on a réussi finalement à se dégager… fichu 4×4, le problème c’est que pour accéder à la ferme il n’y a pas d’autre moyen.
Musique
mai 13, 2007 at 10:50 | In Divers | Leave a Comment
Spéciale dédicace pour Marc : eh oui, on peut trouver un accordéon aux Philippines !!! Et en plus un Hohner, en assez bon état (quelques notes sont bloquées sur la main droite). C’est le mari de la cuisinière du séminaire qui avait récupéré ça d’un ami qui l’avait eu d’un autre ami, enfin une longue histoire. En tous cas me voici désormais armé. Manque plus qu’un violoniste, et on pourra jouer dans les rues d’Iligan. Bon ici il y a plutôt des guitaristes, mais je ne désespère pas… !!
Ma mission
mai 12, 2007 at 12:31 | In Ma mission | 1 CommentDepuis un peu plus de trois mois que je suis ici, je ne vous ai pas beaucoup parlé de ma mission, les objectifs, les réalisations. Voici quelques explications et remises à jour.
Il s’agit d’un projet paroissial suivi par les pères du Saint Esprit (spiritains), missionnaires africains pour la plupart, établis à Iligan depuis une dizaine d’années. Ils ont en charge notamment la paroisse de Notre Dame de Fatima, qui regroupe 3 barangays (cantons) de montagne : Digkilaan, Mainit et Rogongon. Sur ce territoire cohabitent des chrétiens, majoritaires, mais aussi des musulmans et des lumad (animistes). Il s’agit de la zone la plus pauvre du territoire d’Iligan, avec des situations de grande précarité, qui s’expliquent par les raisons suivantes :
- faible productivité agricole, du fait d’une agriculture principalement tournée vers la subsistance alimentaire
- faibles moyens de production (matériel, engrais)
- faible niveau de compétence technique
- manque d’emploi générateur de revenus
- épuisement des ressources naturelles
Dans le cadre de leur action paroissiale, les pères spiritains ont lancé un projet de ferme expérimentale sur 2 ha, au purok (lieu-dit) de Pinantao, dont le but est de devenir un centre de référence et de formation pour les agriculteurs de la paroisse, et de permettre petit à petit de faire boule de neige et de permettre amélioration des revenus et développement économique. Ceci via le développement de nouvelles cultures ou associations de culture, la diffusion de techniques agricoles de base (notamment en terme de gestion de la fertilisation) ou une valorisation plus importante des productions via une filière de transformation. L’idée sous-jacente est également le développement durable, c’est-à-dire dans une perspective de développement économique raisonné, respectueux des ressources naturelles.
Actuellement , le système en place est le suivant : 3 familles d’agriculteurs travaillent sur la ferme en se répartissant la superficie. Ils choisissent les productions et mettent en oeuvre les itinéraires techniques en fonction des conseils du coopérant et bénéficient ainsi des formations et des essais menés à la ferme. Tous les intrants sont pourvus par la ferme. A la récolte, la moitié leur revient, 25% directement, et 25% sous forme d’une épargne qui ne pourra être utilisée que pour les dépenses d’éducation des enfants.
Ma mission dans ce contexte est donc :
- assurer à terme la rentabilité de la ferme (autosuffisance), en gérant les productions végétales et animales (on vient de lancer notamment un atelier d’engraissement de porcs, et un petit poulailler), et en améliorant notamment les débouchés via des contacts directs en ville.
- assurer les formations aux agriculteurs impliqués et à terme, à un public plus large incluant les barangays de Rogongon et Mainit, via le système des groupes laïcs organisés autour des chapelles dans les lieux-dit reculés.
- initier et organiser toute action de transformation génératrice de revenus (exemple de la confiture de papaye, mais on peut aussi réfléchir à une transformation d’autres produits comme le maïs ou la noix de coco, très courant dans la région).
- initier et organiser les essais d’association de cultures (maïs/arachide par exemple), de nouvelles cultures, etc.
- initier et organiser un système de bourses scolaires pour les enfants de la paroisse : parrainage d’un enfant/adolescent, en contrepartie de son travail bénévole le samedi à la ferme par exemple, ou bien sur une petite parcelle chez lui, dont le suivi serait assuré par le coopérant.

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