Camiguin
avril 23, 2007 at 9:47 | In Tourisme | 2 CommentsCamiguin est une charmante île volcanique au nord de Mindanao, à quelques heures d’Iligan. Voici quelques images tournées le soir en moto. Sinon je vous invite à feuilleter sur flickr, les photos de nos deux trop courts jours de vacances là-bas.
Tubig sa kinabuhi (l’eau de la vie)
avril 23, 2007 at 8:43 | In Quotidien | 2 CommentsL’eau, c’est la vie. Tellement banal me direz-vous, mais quand on arrive à en manquer, et que la vie devient du coup si compliquée, on se rend compte véritablement de la puissance de cette affirmation. A Digkilaan, les premiers mots que j’ai entendu en cebuano, c’est ualay tubig (y’a pas d’eau). Bien qu’étant situé sous un climat tropical humide, Digkilaan connaît de gros problèmes d’approvisionnement en eau : mauvaise gestion de la ressource, captages pirates, mauvaise qualité des équipements, gaspillage… Pourtant un grand projet financé par l’Union Européenne devait régler le problème une fois pour toutes et crééer une véritable infrastructure. L’argent s’est perdu en route… et les bacs de ciment servant de fontaine restent secs. Du coup il ne se passe pas une semaine sans qu’on se retrouve à récupérer l’eau de pluie ou remplir des seaux et des bidons dès qu’on le peut, en cas de défaut d’approvisionnement. Dernière histoire en date : des gamins ont coupé au couteau le tuyau en plastique qui achemine l’eau d’une source pour le presbytère. Pourquoi ce vandalisme ? Ils disent que c’était pour laver leurs vêtements. Mais ne pouvaient-ils pas faire 50 m de plus à pied pour arriver au presbytère ? Quand il s’agit d’utiliser l’eau du presbytère quitte à mettre les prêtres en pénurie, les philippins n’ont curieusement plus aucune “ulaw” (honte).
Sur la ferme, l’approvisionnement en eau est assurée également par une source, dont l’eau est acheminée par un tuyau en plastique. Tuyau qui passe par une autre ferme, notamment au milieu d’un champ, et qui est donc régulièrement crevé, soit involontairement en passant le carabaw (buffle) et la charrue, soit volontairement pour se servir en eau au passage. En fait sur la ferme, les besoins en eau sont limités : la saison sèche dure peu longtemps (1 ou 2 mois), et on ne peut pas se permettre d’irriguer une grande surface de toutes façons. Du coup, pourquoi se casser la tête ? Mais pourtant, dès mon arrivée et jusqu’à maintenant, l’approvisionnement en eau (et surtout en fait la distribution aux fermiers du voisinage) reste un des sujets de discussion majeurs.
Iligan est surnommée ”the city of majestic waterfalls”, la ville des chutes d’eau majestueuses. Il y a en effet un certain nombre de chutes d’eau autour d’Iligan, et une des richesses de la ville est la houille blanche issue du lac en amont. A priori donc, aucun problème d’eau, même pas besoin de château d’eau vu la dénivellation naturelle. Hélas, même au centre ville, les maisons sont équipées de réservoirs personnels, et de grands seaux dans les “confort room” (toilettes) : parfois l’eau n’arrive que sous la forme d’un petit filet hésitant. Quel paradoxe !!
A Pindugagan où se trouve le séminaire des spiritains en construction et où j’habite maintenant quand je suis à Iligan, il y avait une source abondante en amont, donc a priori pas de problème d’eau. Le chantier du séminaire s’est donc approvisionné sans problème, et nous ensuite. Jusqu’à la semaine dernière où l’eau s’est tarie. Ualay tubig !! Ici aussi. Pourquoi ? Trop nombreuses ponctions du voisinage, tuyau piraté, coupé, mauvaise installation… il faut dire que l’installation n’a jamais été sécurisée et qu’on a attendu les finitions (maintenant) pour s’en préoccuper. Drôle de sens des priorités… Du coup en ce moment on a du mal à faire la cuisine, et je prends mes douches en ville à l’autre maison des pères de Camague. Lisud caayo !
Histoires de comportement
avril 15, 2007 at 6:48 | In Culture | 2 CommentsIl y a deux catégories de philippins : ceux, extrêmement timides, qui ne supportent même pas de tourner la tête vers vous, même si on s’adresse à eux directement. On appelle ça ici « ulaw », la honte. Honte de devoir parler anglais avec l’« americano » (bien que souvent ils parlent bien mieux anglais que moi*), peur de l’inconnu… ou bien juste parfois une stratégie pour éviter tout dialogue et toute compromission. Et puis il y a ceux qui n’ont honte de rien, qui se permettent tout, avec un sans-gêne assez déroutant.
Voici un exemple : je suis allé il y a quelques temps à la « high school » de Digkilaan car j’avais un message pour le père Chi qui devait y célébrer
la messe. J’arrive en disant « ayo » comme on fait ici quand on arrive chez quelqu’un, je croise des gens, mais aucun regard, ils fuient. Je vais au petit sari-sari (boutique) de l’école, une dizaine de personne regardent la télé, je répète les « ayo, maayong buntag, excuse me », ils sont parfaitement conscients de ma présence mais ne daignent même pas tourner la tête !! C’est choquant, tout de même. Il a fallu qu’une prof à qui j’avais déjà été présenté passe pour que je puisse avoir mon renseignement. Plus tard, je passe devant l’école en allant à Iligan, à l’heure de la sortie des classes, et je me retrouve entouré par une meute d’élèves qui me forcent à m’arrêter et s’embarquent sans rien demander à l’arrière du pick-up. Je me fâche un peu, je demande un nombre limité car 15 personnes à l’arrière, j’ai peur pour leur sécurité et pour ma voiture. Ils s’en fichent, j’ai un mal fou à limiter à 10 personnes, et le comble c’est qu’il paraissent même surpris de me voir pas content ! Après les premières expériences de ce type, on sait à quoi s’attendre et on réagit en fonction. Mais au début, ça fait drôle…
* en tant que blanc, je suis forcément américain à leurs yeux (surtout à Digkilaan), du coup l’anglais est sensé être ma langue natale, ce qui n’est pas leur cas. Dur de leur faire comprendre (même à des séminaristes !) que la France est un pays très différent et très loin des USA, qu’on y parle pas anglais mais français, qu’il y a des pauvres et de nombreux problèmes…
Pâques à Mindanao
avril 8, 2007 at 6:52 | In Religion | Leave a CommentEn matière d’expression religieuse, les Philippins ne font jamais les choses à moitié. Pour Pâques, les célébrations commencent le jeudi saint (que j’ai passé à la paroisse chinoise) avec l’eucharistie suivie de l’adoration du Saint Sacrement et de la « visita ecclesia », coutume locale qui consiste à aller visiter les églises paroissiales l’une après l’autre : tout le monde va donc d’église en église lors de la soirée.
Le vendredi saint (j’étais à la paroisse de Tipanoy, où se trouve le séminaire des spiritains) commence par la procession du chemin de croix, à 4h du matin. Puis à midi les « derniers mots du christ » commentés longuement, et entrecoupés de prières. Un exemple : « mon père, pourquoi m’as-tu abandonné » est commenté par un orateur larmoyant qui expose les problèmes économiques des Philippines, le commerce extérieur et la concurrence de la chine et de taiwan : mon Dieu, pourquoi as-tu abandonné les Philippines ? Un peu surprenant. Ensuite lecture de la passion, puis procession avec les chars de la vierge et du christ.
Le samedi (à Digkilaan cette fois), la veillée de Pâques se déroule à peu près comme en France : lecture de la Genèse, bénédiction du feu, de l’eau, et célébration de la résurrection du Christ. Mais après la célébration, on ne va pas se coucher, beaucoup de gens qui sont venus de loin à pied restent tout simplement à discuter, à chanter, ou à essayer de dormir un peu où ils peuvent. Puis à 4h du matin
(4h pile en plus, même pas de demi-heure philippine !) tout le monde se retrouve pour célébrer « Sugat » (= la rencontre), une tradition purement Philippine, qui commémore la rencontre du Christ et de sa mère au matin de la Résurrection. A l’occasion un construction en bambou a été montée, et toute une mise en scène : les femmes arrivent d’un côté avec la statue de la vierge, en chantant et avec les bougies allumées, et les hommes arrivent de l’autre côté avec l’image du Christ. Les deux groupes se retrouvent à la maison de bambou, où un chœur d’anges (des petites filles avec des ailes en papier) les accueille. Et un ange descend du ciel (tracté par une poulie) et chante la bonne nouvelle à Marie. C’est vraiment très émouvant. Ensuite on se retrouve tous à l’église pour célébrer la messe de la Résurrection, Alléluia ! Et puis ceux qui ne sont toujours pas fatigués après la nuit blanche (ce n’est pas mon cas) peuvent toujours assister à la messe du dimanche à 9h…
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