Digkilaan, ou le bout du monde

février 2, 2007 at 2:48 | In Culture | 6 Comments

Aujourd’hui, première visite à Digkilaan. A peu près une heure de piste semi-goudronnée par endroits, complètement défoncée à d’autres, pour arriver jusqu’au « barangay hall », le centre du village, avec un bâtiment administratif, une place cimentée et un hall couvert, une ou deux boutiques, et quelques maisons. Le village en lui-même est dispersé en plein de puroks (lieu-dit) sur plusieurs vallées et collines, couvertes de cocotiers, bananiers, avec des petits champs par ci par là plantés de maïs ou de légumes. La route ménage de belles échappées vers la rivière qui serpente au milieu de tout ça. Un plutôt beau tableau donc. Mais à l’intérieur du cadre, il y a la réalité des gens. Les petites maisons de bambou où s’entasse toute une famille, la saleté, les cochons et les poules à l’air, le dénuement criant. Un paysan laboure son champ avec un carabao, le petit buffle placide. Tout au long du chemin, des enfants crient « father ! » à Henri au passage du 4×4. Au fil de nos rencontres, le sentiment se fait de plus en plus oppressant d’arriver comme un cheveu sur la soupe, dans un monde inconnu, où le prix des choses n’est pas le même, où les gens réagissent différemment. Un monde à cent lieues du mien. Et pourtant, de s’y être préparé n’y change rien, le choc est là.

De passage au lycée de Digkilaan, les professeurs arrêtent leur classe pour nous accueillir Henri et moi. « Good morning visitor, welcome », scandent les enfants en uniforme. La professeur d’anglais n’ose pas me parler et pose ses questions à Henri en cebuano, ce qui est assez troublant voire désobligeant… mais c’est seulement de la timidité, une sorte de honte face à l’étranger. Henri la pousse à se présenter. Quand la glace est brisée, c’est plus facile. Mais le premier pas est dur, ils sont décontenancés et n’osent pas.

A la ferme, nous partageons le repas d’accueil (poisson, poulet bouilli, aubergine et riz) avec les 3 couples qui travaillent sur la ferme et Norman, le responsable.

La paroisse, là où je vais habiter avec Chibuike, le jeune prêtre Nigérian, est située encore plus loin sur la piste, un peu au milieu de nulle part, à flanc de colline. Une église, l’ancien presbytère en bambou, et le nouveau en dur à côté de l’église.

Sur la piste, on croise des motos chargées de 5 à 6 personnes avec des sacs, une jeepney surchargée, avec des gens debout qui s’accrochent devant et derrière.

De retour à Iligan, j’ai l’impression de revenir du bout du monde. Et pourtant, Iligan c’était déjà un dépaysement. Il est 18h, le soir tombe, la messe va commencer dans la chapelle à côté et on entend l’appel à la prière du muezzin. Quelle ambiance… Mabuhay ! Welcome !

Publié sur WordPress. | Theme: Pool by Borja Fernandez.
Entries and comments feeds.