Microcosmos
février 15, 2007 at 5:07 | In Quotidien | 6 Comments
Aujourd’hui je suis seul à Digkilaan : le père Chi est parti pour trois jours visiter ses ouailles dans un village aux confins de la paroisse (de la rando en perspective). De retour de la ferme, je me préoccupe de ma subsistance et inventorie les réserves. Le placard à épicerie exhale une odeur forte de souris ou autre rongeur exotique, qui ont ravagé l’emballage des boites d’allumettes. Un énorme cafard s’échappe de l’armoire à vaisselle, je le chasse, il tombe à la renverse, n’arrive pas à se remettre sur ses pattes et est immédiatement pris d’assaut par des fourmis surgies de nulle part. Une longue colonne de minuscules fourmis traverse le plan de travail de la cuisine, tandis qu’un plus gros modèle explore le tour de mon verre. Attention : ne pas laisser traîner une seule miette de nourriture, même sur une grande table de verre, car en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, elle sera couverte de fourmis. Dans les toilettes, je découvre une grosse araignée qui se cache derrière le seau. Elle ne survivra pas à mon grand ménage de printemps. Je retourne voir ce qu’il est advenu du cafard : plus rien, les fourmis ont fait place nette (ou bien a-t-il réussi à s’échapper ?). Dehors un carabaw (buffle) broute paisiblement autour de la citerne. Une vache meugle quelque part. Des enfants rentrent de l’école. Le riz est cuit (rice cooker : on met du riz, on couvre avec de l’eau, on appuie sur « on » et on attend que la lumière s’éteigne). La nuit tombée, je sors du presbytère pour aller quelques mètres au dessus, là où on a un peu de réseau, des fois qu’on m’aurait envoyé des sms. Plein de petites lucioles volent autour de moi en clignotant. En haut les étoiles scintillent. Les moustiques aussi s’activent à mes dépends. En rentrant (bredouille de sms) je croise un énorme crapaud qui va se cacher dans les herbes. Et devant la porte un énorme mille-pattes (10-12 cm de long, 1,5 cm de diamètre !!). Les crapauds, grillons et autres petites bêtes font tout un vacarme nocturne qui devient peu à peu familier. Maayong gabii (bonne nuit) !
Kaon (nourriture)
février 11, 2007 at 5:08 | In Gastronomie | Leave a CommentAux Philippines on aime manger et s’amuser. Pour tout dire, j’ai l’impression que toute occasion est bonne pour inviter du monde, chanter au karaoke et faire un festin de poisson grillé, lechon baboy (petit cochon rôti)
, poulet, riz et fruits tropicaux. D’ailleurs comme dit le père Henri, ici on ne mange pas du riz tous les jours, on mange du riz tout le temps !! C’est-à-dire matin midi et soir, à chaque repas digne de ce nom (c’est-à-dire pour lequel on fait la prière – car s’il n’y a pas de riz, c’est pas un vrai repas, juste une merienda (snack) et donc on ne fait pas de benedicite). Le poisson (isda) est toujours très bon. Citons par exemple le lapu-lapu, du nom du chef indien qui tua Magellan… (d’où la blague : qui a tué Magellan ? Lapu-lapu. Qui a tué lapu-lapu ? Le cuisinier). Le poulet (manok) est aussi omniprésent. Il peut être bouilli ou rôti (lechon manok). A Digkilaan, le dernier repas à la ferme était composé de maïs concassé, d’un peu de poulet bouilli avec des aubergines et des herbes, et une papaye en dessert. Simple mais consistant. Mais quel contraste aussi avec les festins proposés à Iligan à l’occasion des anniversaires où j’ai été invité : profusion de plats, sucrés, salés, salé heu non… sucré (en fait, les philippins ont tendance à mettre du sucre un peu partout !). Miam miam. Affaire à suivre…
Combien vaut la vie d’un philippin ?
février 9, 2007 at 4:07 | In Divers | 3 Comments4000 pesos, soit 60€, c’est le montant payé par le meurtrier d’un gamin à la famille de celui-ci pour acheter son impunité. Les faits remontent à quelques jours. Trois gamins d’une famille très pauvre d’Iligan maraudaient dans la rue, à la recherche de bouteilles vides qu’ils puissent revendre. Un voisin, sans raison apparente, a pris sa mitraillette et leur a tiré dessus une première, puis une seconde rafale. Devant témoins. Les deux premiers ont réussi à déguerpir, le troisième a été tué sur le coup. Il avait 14 ans. La police est venue, à enquêté. Le meurtrier est identifié, connu, mais appartient à la classe des riches, des puissants. Alors il paie son crime comme il payerait un cochon au marché. La vie d’un être humain aux Philippines ne vaut pas plus cher que ça. Affaire classée, il ne sera pas poursuivi. Dans quel monde vivons-nous ?????
Règles de conduite aux Philippines
février 5, 2007 at 11:29 | In Quotidien | 2 CommentsRègle no 1 : ne pas conduire pour soi, mais conduire pour tout le monde => on ne sait jamais comment l’autre peut se comporter
Règle no 2 : courtoisie en toutes circonstances, et klaxon à volonté
Règle no 3 : à un feu vert, ralentir au cas où des voitures grillent le feu rouge
Règle no 4 : ne pas conduire la nuit, à moins d’être équipé de lunettes à détection infrarouge, ou bien de puissants phares (les tricyles et bien d’autres véhicules n’ayant aucune lumière)
Règle no 5 : se garer là où on peut, et non là où on a le droit, car sinon on y est encore le lendemain à faire le tour du quartier.
Règle no 6 : faire un grand sourire et lancer un “guapo” au policier s’il essaie de nous faire une remarque sur notre conduite, et passer son chemin
Règle no 7 : ne pas hésiter à rouler sur la voie de gauche même s’il y a des voitures qui arrivent en face si ça permet de doubler le tricycle qui nous bloque à deux à l’heure
Règle no 8 : ne jamais emprunter la route de Digkilaan pendant la saison des pluies sans 4×4
French club
février 5, 2007 at 10:50 | In Culture | 1 Comment
A Iligan, il y a beaucoup de francophones (enfin, au moins 5 ou 6 quoi !), mais encore plus de francophiles !! Alors pour rapprocher les deux et permettre aux non initiés d’apprendre notre belle langue, il existe un rendez-vous rituel du dimanche après-midi : le french club ! La rencontre se déroule dans le très beau pavillon traditionnel philippin (tout en bambou et cocotier) d’une famille aisée d’Iligan. On débute par la leçon de français, sous la bienveillante autorité du père Henri, camerounais, puis partage autour d’un bon repas (recette phare d’hier : le jackfruit cuit dans du lait de coco, délicieux !). Cameroun, France, Suisse, USA et Philippines forment alors une très belle harmonie internationale et multiculturelle, où dialogue et échange fraternel sont les maîtres mots. En bref : une excellente soirée, à renouveler absolument !
Digkilaan, ou le bout du monde
février 2, 2007 at 2:48 | In Culture | 6 Comments
Aujourd’hui, première visite à Digkilaan. A peu près une heure de piste semi-goudronnée par endroits, complètement défoncée à d’autres, pour arriver jusqu’au « barangay hall », le centre du village, avec un bâtiment administratif, une place cimentée et un hall couvert, une ou deux boutiques, et quelques maisons. Le village en lui-même est dispersé en plein de puroks (lieu-dit) sur plusieurs vallées et collines, couvertes de cocotiers, bananiers, avec des petits champs par ci par là plantés de maïs ou de légumes. La route ménage de belles échappées vers la rivière qui serpente au milieu de tout ça. Un plutôt beau tableau donc. Mais à l’intérieur du cadre, il y a la réalité des gens. Les petites maisons de bambou où s’entasse toute une famille, la saleté, les cochons et les poules à l’air, le dénuement criant. Un paysan laboure son champ avec un carabao, le petit buffle placide. Tout au long du chemin, des enfants crient « father ! » à Henri au passage du 4×4. Au fil de nos rencontres, le sentiment se fait de plus en plus oppressant d’arriver comme un cheveu sur la soupe, dans un monde inconnu, où le prix des choses n’est pas le même, où les gens réagissent différemment. Un monde à cent lieues du mien. Et pourtant, de s’y être préparé n’y change rien, le choc est là.
De passage au lycée de Digkilaan, les professeurs arrêtent leur classe pour nous accueillir Henri et moi. « Good morning visitor, welcome », scandent les enfants en uniforme. La professeur d’anglais n’ose pas me parler et pose ses questions à Henri en cebuano, ce qui est assez troublant voire désobligeant… mais c’est seulement de la timidité, une sorte de honte face à l’étranger. Henri la pousse à se présenter. Quand la glace est brisée, c’est plus facile. Mais le premier pas est dur, ils sont décontenancés et n’osent pas.
A la ferme, nous partageons le repas d’accueil (poisson, poulet bouilli, aubergine et riz) avec les 3 couples qui travaillent sur la ferme et Norman, le responsable.
La paroisse, là où je vais habiter avec Chibuike, le jeune prêtre Nigérian, est située encore plus loin sur la piste, un peu au milieu de nulle part, à flanc de colline. Une église, l’ancien presbytère en bambou, et le nouveau en dur à côté de l’église.
Sur la piste, on croise des motos chargées de 5 à 6 personnes avec des sacs, une jeepney surchargée, avec des gens debout qui s’accrochent devant et derrière.
De retour à Iligan, j’ai l’impression de revenir du bout du monde. Et pourtant, Iligan c’était déjà un dépaysement. Il est 18h, le soir tombe, la messe va commencer dans la chapelle à côté et on entend l’appel à la prière du muezzin. Quelle ambiance… Mabuhay ! Welcome !
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